Le youtubeur Jeremstar sans regret devant la justice après une action anticorrida
L'influenceur Jeremstar, jugé pour avoir fait irruption dans une arène en pleine corrida à Nîmes, a assuré jeudi devant le tribunal "ne pas regretter" son action, qui visait à dénoncer "ces spectacles barbares".
Le blogueur de 39 ans, aux 2,5 millions de followers sur Instagram et 2,9 millions sur TikTok, a fait de sa comparution devant le tribunal correctionnel de Nîmes une tribune pour marteler ses positions anticorrida.
À l'extérieur du palais de justice, situé juste à côté des arènes, il a été accueilli par plusieurs centaines de jeunes fans et des défenseurs de la cause animale dont certains brandissaient des banderoles contre les courses de taureaux.
Aussi Jeremstar, Jérémy Gisclon de son vrai nom, exhibait-il lui-même un t-shirt avec l'inscription "Torturer des taureaux est un crime" que la présidente du tribunal lui a demandé de retirer à l'audience.
Celui qui s'est fait connaître pour ses interviews de candidats de la téléréalité et de célébrités, encourt jusqu'à un an de prison pour avoir surgi au milieu de l'arène de la ville antique en pleine manifestation taurine en septembre 2025, en brandissant un tissu portant l'inscription "F*CK la CORRIDA".
Le parquet a requis jeudi à son encontre une amende de 5.000 à 6.000 euros, avec interdiction de fréquenter les arènes. Le jugement a été mis en délibéré au 9 juin.
- La tauromachie, un sport ? -
"C'est moi qui ai décidé de sauter après la mise à mort du taureau, où le torero porte lâchement le coup final", a assumé l'influenceur devant le tribunal. "Il n'y a pas eu de trouble de la compétition puisque le taureau était déjà mort", a-t-il ajouté.
Il a expliqué que le but de son action, organisée avec des associations, était de "dénoncer ces spectacles barbares".
Jeremstar est poursuivi pour être "entré illégalement dans une enceinte sportive troublant le déroulement de la compétition", selon un article du code du sport.
Le tribunal doit principalement trancher sur le point de savoir si les spectacles tauromachiques peuvent être considérés comme des compétitions sportives, ce que les anticorridas contestent.
"Il s'agit de savoir s'il y a une intrusion sur une aire de compétition dans une enceinte sportive, pas de prendre partie pour ou contre la corrida, pour ou contre la cause animale", a souligné dans son réquisitoire le procureur, Frédéric Kocher.
Pour le représentant du ministère public, la corrida est bien une "compétition contre un taureau et entre toreros", puisqu'il y a un "affrontement, un combat, avec certes un rituel de mise à mort".
"Compétition égale ou inégale, je laisse à l'appréciation souveraine de chacun", a-t-il ajouté.
La corrida, spectacle de tauromachie d'origine espagnole dans lequel un torero (ou matador) affronte et met à mort un taureau de combat, provoque régulièrement des débats dans l'Hexagone entre défenseurs de cette "tradition culturelle régionale" et militants de la cause animale.
Celle de Nîmes, qui se déroulait pendant la feria des vendanges, avait été brièvement interrompue à la suite de l'intrusion de l'influenceur. Deux autres activistes avaient eux parcouru le couloir circulaire, le callejon, autour des arènes, vêtus d'un tee-shirt flanqué du mot corrida barré de rouge.
Ces deux hommes sont poursuivis pour les mêmes faits que Jeremstar, tandis que deux jeune femmes, membres d'associations anti-corrida, dont une seule était présente jeudi, sont jugées pour complicité pour avoir contribué à l'organisation de l'action. Des amendes ont également été requises à leur encontre.
L'avocat de la société organisatrice des spectacles tauromachiques à Nîmes, Casas & Co, partie civile, Guillaume Barnier, a réclamé une condamnation des prévenus dénonçant "un comportement vindicatif défiant de l'ordre public", "sous une apparence de banalité, de pacifisme".
I.Pumehana--HStB