Honolulu Star Bulletin - Tim Schafer, l'infatigable artisan du jeu vidéo

Honolulu -
Tim Schafer, l'infatigable artisan du jeu vidéo
Tim Schafer, l'infatigable artisan du jeu vidéo / Photo: Christian Petersen - Getty/AFP/Archives

Tim Schafer, l'infatigable artisan du jeu vidéo

Vétéran de l'industrie du jeu vidéo et l'un de ses créateurs les plus excentriques, l'Américain Tim Schafer lance jeudi "Kiln", dernière production de son studio Double Fine mêlant jeu de combat et... simulateur de poterie.

Taille du texte:

Jeu de combat convivial et coloré, "Kiln" propose dans un premier temps au joueur de créer sa propre céramique (tasse, pot, assiette...) avant de l'envoyer au combat face aux créations de ses adversaires, dans des matches par équipe.

Tout juste six mois après "Keeper", étrange errance d'un phare doté de jambes parcourant un univers inspiré de tableaux impressionnistes, le studio revient avec un titre aux antipodes du précédent.

"Notre principal objectif, c'est de trouver des idées créatives et les concrétiser, aussi farfelues soient-elles", a expliqué à l'AFP le directeur du studio de 58 ans à l'air jovial, quelques jours avant la sortie du jeu sur PC et consoles Xbox Series et PlayStation 5.

Désormais affublé d'une imposante barbe blanche, Tim Schafer s'était fait connaître dans les années 90 en tant qu'auteur sur la série Monkey Island et plusieurs autres jeux d'aventure estampillés LucasArts, studio de jeux vidéo du créateur de la saga Star Wars, George Lucas.

Des titres aux graphismes rudimentaires mais bourrés d'humour, dans lesquels le joueur doit trouver des objets et résoudre des énigmes pour faire avancer l'intrigue, mais déjà guidés par l'envie de "créer quelque chose que personne n'avait fait auparavant", se souvient Tim Schafer

- "Créatifs et loufoques" -

C'est cet esprit qu'il a souhaité perpétuer en fondant en 2000 le studio californien Double Fine, qui compte aujourd'hui près de 80 employés et une trentaine de titres à son actif.

Sa réputation est telle qu'il réalise en 2012 la première levée de fonds d'envergure dans le jeu vidéo via un financement participatif, en récoltant plus de 3,3 millions de dollars auprès des joueurs sur la simple promesse d'un nouveau jeu d'aventure : "Broken Age".

Alors qu'il planche sur "Psychonauts 2", dont le long et difficile développement est relaté dans une passionnante série documentaire, le studio est finalement racheté en 2019 par Xbox, la branche gaming de Microsoft.

A côté de la saga militaire Call of Duty ou de science-fiction Halo, Double Fine apporte à la marque "des petits jeux originaux, créatifs et loufoques, adaptés à toute la famille", veut croire le directeur du studio.

Avec cette opération, "je n'ai pas à me préoccuper quotidiennement de l'état de mon compte en banque" et "c'est plus agréable de créer sans avoir ce poids sur les épaules", confie-t-il, alors que le secteur traverse un trou d'air au niveau mondial, marqué par des vagues de licenciements et des fermetures de studios.

- Ni suite, ni remake -

L'industrie fait également face à l'arrivée des outils d'intelligence artificielle générative, qui se répandent de plus en plus dans les studios malgré la réticence d'une bonne partie de la profession et des joueurs.

"Dès qu'un nouvel outil apparaît, on est toujours curieux et on va l'essayer", explique Tim Schafer, "mais Double Fine a toujours été un studio réputé pour ses graphismes et ses scénarios faits maison, et ça ne va pas changer".

S'il est désormais moins impliqué dans les projets du studio qu'à l'époque de "Psychonauts 2" - il teste toutefois régulièrement les jeux et fait des retours à ses chefs de projet - Tim Schafer assure travailler sur "des projets secrets" et promet "du neuf".

Pas de suite ni de remake en préparation : "on s'est vraiment amusés avec +Keeper+ et +Kiln+, qui sont des titres complètement nouveaux et originaux. Et je pense que c'est ce qu'on fait de mieux : inventer des trucs".

Après plus de 35 ans de carrière dans une industrie "parfois éprouvante", le créateur ne compte pas reposer la manette de sitôt.

"J'ai encore quelques idées de jeux en tête", sourit-il, et "tant que je n'aurai pas épuisé toutes ces idées, je continuerai."

R.Kaiulani--HStB