Canicule, incendies... L'étrange été du tourisme en France
Des incendies géants en Gironde, des festivals annulés sous l'effet de la canicule, des vacanciers qui privilégient des régions plus fraîches : l'été 2026 bouscule les habitudes du tourisme français à l'heure du grand chassé-croisé estival.
Entre les campings brûlés, les communes vidées de leur population - avec jusqu'à 224.000 personnes évacuées - et les inquiétudes sur la qualité dégradée de l'air, la Gironde, grand département touristique, est particulièrement concernée.
Le feu qui s'est déclaré à Saumos le mercredi 22 juillet "produit sur l'hôtellerie un choc d'une nature sans précédent depuis que ces effets sont mesurés : pour la première fois, le recul des réservations déborde très largement la zone brûlée et frappe un département entier", indique le cabinet MKG, expert de l'hospitalité.
Pour ne rien arranger, les entreprises concernées sont "bien souvent des TPE qui n'ont pas une trésorerie très solide", a souligné samedi au micro de France Inter le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), le chef Thierry Marx.
Avant l'incendie, le littoral aquitain semblait pourtant parti pour un très bon été: la veille du départ de feu, le parc hôtelier suivi par le cabinet affichait 79% d'occupation contre 72% un an plus tôt. Depuis, la tendance s'est brutalement renversée: les annulations excèdent désormais les réservations nouvelles pour août et septembre.
Alors que la préfecture de Gironde avait demandé aux touristes de renoncer à se rendre dans le département, le ministre du Tourisme Serge Papin tente depuis de mettre en avant les zones épargnées par les feux.
Sur franceinfo vendredi, il a fait valoir qu'"il y a des territoires qui rouvrent, et on va pouvoir reprendre une vitesse de croisière. Il faut qu'on essaie au mois d'août de reprendre".
"Tout rouvre, tout doucement, les restaurateurs, les parcs d'attraction, les vendeurs d'huîtres", a listé samedi sur RMC le président du syndicat d’hôtellerie de plein air de Gironde, Lionel Pujade.
- "Contrasté" -
"Lorsque toutes les conditions sont réunies, le maintien des séjours représente un soutien concret aux professionnels et aux économies locales durement touchés", abonde auprès de l'AFP Antoine Angeard, le directeur général du Groupement national des chaînes hôtelières (GNC).
Au-delà de cet épisode exceptionnel, les professionnels dressent un premier bilan contrasté du début de saison. Serge Papin indiquait il y a quelques jours que les réservations d'hébergements en France jusqu'à la fin septembre étaient attendues en hausse de 1% à 5% sur un an, tant pour la clientèle française qu'internationale.
Vendredi, il a encore assuré sur franceinfo que "le tourisme va bien". Un constat qui n'est pas partagé par Didier Arino, directeur général de la société de conseil Protourisme, qui évoque "un bilan contrasté" en juillet.
Le mois a été "marqué par des arbitrages d'achat très forts en défaveur des commerces, de la restauration", souligne-t-il à l'AFP, tandis que la fréquentation des hébergements touristiques enregistre un taux d'occupation très légèrement en baisse sur un an.
Chez Gîtes de France, on indique par exemple que le taux d'occupation a baissé de trois points en juillet par rapport à l'an dernier.
Les sources d'incertitudes se sont en effet accumulées ces derniers mois. Dans les semaines qui ont suivi le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février, les opérateurs touristiques ont assisté à une chute des réservations, sur fond d'attentisme lié à la situation géopolitique.
Les épisodes caniculaires ont aussi rebattu les cartes des destinations. Airbnb relevait ainsi, le 10 juillet, une progression marquée depuis la mi-juin des recherches vers des territoires réputés plus tempérés, notamment en Normandie et en Bretagne: +24% de recherches dans la Manche, +23% dans le Calvados, +11% dans les Côtes-d'Armor.
À Paris, "les épisodes de forte chaleur ont modifié les comportements des visiteurs", observe l'Office du tourisme Paris je t'aime. La canicule du 7 au 13 juillet a ainsi coïncidé avec un recul du nombre de nuitées de 7,2%.
Le mois d'août sera-t-il meilleur ? Chez Gîtes de France, on constate en tout cas un rattrapage, avec des taux d'occupation plus importants dans des destinations plus tempérées du Nord-Ouest, notamment en Bretagne et en Normandie.
Q.Alohilani--HStB