BD, témoignages: quand des alcooliques vident leur verre
L'auteur de BD Terreur Graphique est le dernier artiste en date à raconter son alcoolisme, dans un album où il traite avec humour de son autodestruction par la boisson puis de son difficile combat pour la sobriété.
"L'addiction, s'il vous plait! - Confessions d'un alcoolique qui se soigne" (Casterman) est publié en plein "Dry January" ("Le défi de janvier"), qui invite à faire une pause dans sa consommation d'alcool.
"J'ai arrêté l'alcool un mois de janvier et c'est plus facile car le regard des autres est plus détendu. Ils comprennent", témoigne Terreur Graphique, de son vrai nom Fred Lassagne, à l'AFP.
L'auteur de 48 ans, basé à Tours, est abstinent depuis octobre 2024. "Je me sens très bien. Mais je sais que mon état reste fragile. J'évite les bars où tout le monde est déchiré assez rapidement", indique-t-il.
Dans l'album, il se dessine en chien, "pour prendre de la distance avec moi-même", qui tombe jeune dans l'alcoolisme, suivant les traces de son père, dont le bureau était "le bistrot d'en face". "L'alcool était une potion magique", se rappelle-il.
Féru de pop culture, Terreur Graphique souligne l'influence jouée par des personnalités alcooliques ou droguées qu'il considérait comme "cool", à l'image de David Bowie, Neil Young ou Marguerite Duras, qui "buvait jusqu'à six litres de vin par jour" avant d'arrêter.
- "L'alcool est partout" -
"Depuis peu, la sobriété n'est plus perçue comme chiante ou marginale, mais comme un choix politique, une stratégie de santé mentale, ou encore une reprise de pouvoir sur soi", écrit Camille Emmanuelle, dans "Alcool, avons-nous un problème?" (La Martinière), un petit livre destiné aux jeunes.
L'autrice, qui est journaliste et scénariste, raconte être devenue sobre il y a cinq ans en réalisant, après des années de déni, avoir "un vrai problème avec l'alcool".
"En France, l'alcool est partout et les sollicitations permanentes" mais "en refusant un verre, on déçoit instantanément la personne en face de soi. On passe pour une rabat-joie", a témoigné aussi une ex-journaliste, Charlotte Peyronnet, dans "Et toi, pourquoi tu bois?" (Denoël), publié en 2024.
Parmi les artistes ayant raconté leur alcoolisme figure la comédienne Muriel Robin, qui a reconnu dans le documentaire "Alcool au féminin: elles brisent le tabou" (diffusé par France 5 en 2025) que l'alcool avait été "une vraie béquille" lorsqu'elle était "en grande souffrance". Mais "c'est cher payé", avait-elle précisé.
Dans un essai sorti début janvier, "Les assoiffés" (Grasset), la psychiatre Camille Charvet témoigne de la diversité des patients, dont de nombreux alcooliques, qu'elle accueille dans le centre d'addictologie où elle travaille à Paris.
"L'addiction m'est apparue non seulement comme un trouble, mais aussi comme un miroir. Un miroir de notre époque, de ses injonctions, de ses dénis, de ses failles collectives. Elle est, peut-être, son symptôme le plus sincère", résume-t-elle.
Au delà de l'intime, l'alcool a joué aussi un rôle notable dans l'Histoire, affirme le médecin et historien Michel Craplet dans "Le pouvoir et l'ivresse" (Odile Jacob), paru début janvier.
"De nombreux événements survenus au cours des révolutions et des guerres ont été déterminés par l'ivresse des combattants", indique l'auteur, qui se penche aussi sur "les ivresses connues ou cachées" de personnages historiques, citant "Eltsine, Churchill, Cambronne, Louis XVI, Attila ou Alexandre le Grand".
La directrice de cabinet de Donald Trump a surpris en déclarant en décembre à Vanity Fair que le président américain avait la "personnalité d'un alcoolique", dans le sens où il "agit avec l'idée qu'il n'y a rien qu'il ne puisse faire. Rien, zéro, rien".
Le président américain a réagi en rappelant qu'il ne buvait pas du tout d'alcool, et ajouté: "J'ai souvent dit que si c'était le cas j'aurais de très fortes chances d'être alcoolique."
D.Kamehameha--HStB