Les Japonais attendus aux urnes, Trump soutient la Première ministre en quête de majorité
Déjà favorite, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi est renforcée vendredi par le soutien de Donald Trump à deux jours de législatives anticipées qui visent à conforter sa majorité conservatrice.
Première femme cheffe de gouvernement dans l'archipel, la dirigeante ultra-nationaliste mise sur ses bons sondages d'opinion pour doper les scores de son Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste), sa coalition gouvernementale n'étant majoritaire que de justesse à la chambre basse.
Les sondages prédisent une large victoire du PLD, et le président américain Donald Trump, que Mme Takaichi avait accueilli en fanfare en novembre à Tokyo, a fait connaître son appui jeudi.
"Les résultats sont très importants pour le futur du pays. La Première ministre Takaichi a déjà prouvé qu'elle était une dirigeante solide, puissante et sage", a-t-il écrit sur Truth Social, ajoutant qu'il était "impatient" de la recevoir à la Maison Blanche le 19 mars.
Figure de l'archi‑conservatisme admiratrice de Margaret Thatcher, Mme Takaichi, 64 ans, est devenue en octobre la cinquième personne à la tête du gouvernement en autant d'années, alors que le PLD avait perdu sa majorité aux deux chambres du Parlement. Elle a dissous en janvier la chambre basse pour tenter d'y renforcer sa coalition.
Populaire auprès du grand public et en particulier des jeunes en dépit de ses positions conservatrices, elle est devenue un phénomène sur les réseaux sociaux.
Son discours musclé sur l'immigration pourrait aussi avoir coupé l'herbe sous le pied du parti populiste Sanseito, adepte d'une politique pour les "Japonais d'abord".
"Les mots qu'elle utilise sont faciles à comprendre", relève Mikitaka Masuyama, de l'Institut national d'études politiques. Le prédécesseur de Mme Takaichi, Shigeru Ishiba, "réfléchissait beaucoup mais parlait comme un universitaire".
- "Mandat fort" -
Bien qu'en léger recul récemment, son gouvernement oscille autour de 70% d'approbation.
Selon les sondages, le PLD devrait aisément dépasser les 233 sièges nécessaires pour retrouver la majorité à la Chambre basse. Avec son allié, le Parti de l'innovation, la coalition pourrait dépasser les 300 sièges sur 465, près des deux tiers des sièges.
Dans l'opposition, l'Alliance réformatrice centriste, rassemblant le Parti démocrate constitutionnel (PDC) et l'ancien allié du PLD, Komeito, pourrait perdre la moitié de ses 167 sièges.
"Le pari de Takaichi portera ses fruits, car elle obtiendra un mandat fort et probablement une majorité absolue qui lui permettra de mettre en œuvre un ensemble ambitieux de réformes économiques et de sécurité", juge à l'AFP Jeff Kingston, professeur à l'Université Temple du Japon.
"Trump se félicitera de l'élection d'une dirigeante conservatrice dotée d'un mandat fort (...) Il aime les gagnants et elle a tenu ses promesses en augmentant les dépenses de défense et en soutenant l'accord d'investissement" vers les Etats-Unis, ajoute-t-il.
Les élections interviennent aussi à l'ombre de vives tensions diplomatiques entre Tokyo et Pékin.
Avant d'être en fonctions, Mme Takaichi se rendait régulièrement au sanctuaire shinto Yasukuni, symbole sensible de l'expansionnisme passé du Japon. Et moins de deux semaines après son arrivée au pouvoir, elle a suggéré que Tokyo pourrait intervenir militairement si la Chine tentait de prendre Taïwan, provoquant la colère de Pékin, qui revendique la souveraineté de l'île.
La Chine a riposté en déconseillant à ses ressortissants les voyages au Japon, en durcissant ses contrôles commerciaux et en menant des manœuvres aériennes conjointes avec la Russie autour de l'archipel.
- Pression des marchés -
Pour Yee Kuang Heng, de l'Université de Tokyo, les tensions pourraient toutefois s'apaiser en cas de large victoire car "Pékin reconnaît la force, et pourrait estimer qu'elle a plus d'endurance que prévu, qu'il faudra composer avec elle."
La politique économique du gouvernement Takaichi, qui a déjà annoncé un plan de relance de plus de 110 milliards d'euros, inquiète par ailleurs les investisseurs, sur fond d'endettement pharaonique du pays.
Pour endiguer l'inflation, préoccupation majeure des électeurs, Mme Takaichi a promis d'exempter les produits alimentaires de la taxe sur la consommation pour deux ans. Un colossal cadeau fiscal sans source claire de financement qui a alarmé les marchés et fait bondir les rendements de la dette nippone à des records.
La dirigeante a aussi déstabilisé les marchés en vantant les avantages d'un yen faible.
Abhijit Surya, de Capital Economics, ne croit cependant pas à une dérive budgétaire: "Si le gouvernement tentait de jouer avec les finances publiques, les marchés obligataires le ramèneraient vite à l'ordre."
B.Kaiwi--HStB