"On n'est pas au point": pharmaciens et associations réservés au 1er jour du remboursement des protections réutilisables
Manque de communication, incertitude sur la qualité des produits ou encore risques de fraude: au premier jour de l'entrée en vigueur du remboursement des protections périodiques réutilisables en pharmacie, jeudi, le dispositif se heurte à plusieurs obstacles et zones d'ombre.
Dans les devantures des pharmacies, aucune affiche de lancement. Dans les rayons, les culottes et les coupes menstruelles sont souvent introuvables, peu visibles, voire carrément non proposées à la vente.
"Je ne vais pas en vendre", a tout simplement commenté un pharmacien de Pantin (Seine-Saint-Denis), interrogé par l'AFP sur le dispositif. "Je n'ai pas la place, ce n'est pas mon métier", a-t-il poursuivi, tout en précisant qu'il offrait régulièrement des protections à des femmes dans le besoin.
Adopté fin 2023 dans le cadre du budget de la Sécurité sociale, le remboursement des protections périodiques réutilisables vise à lutter contre la précarité menstruelle.
Concrètement, à partir de jeudi, et uniquement sur les ventes en pharmacie, toutes les femmes de moins de 26 ans pourront se faire rembourser deux protections par an, culottes et coupes menstruelles, ou une de chaque, à hauteur de 60% par l'assurance maladie, avec la possibilité d'une prise en charge intégrale pour les bénéficiaires d'une mutuelle.
Les plus précaires, couvertes par la complémentaire santé solidaire, pourront bénéficier d'une prise en charge à 100% quel que soit leur âge.
Mais sur le terrain, pharmaciens et associations évoquent un lancement laborieux.
"On n'est pas au point, personne ne l'est", soutient à l'AFP Fabrice Camaioni, pharmacien dans une petite commune rurale des Ardennes et président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).
"Aujourd'hui, je ne sais pas comment je vais facturer ces produits à l'assurance maladie", poursuit-il, dénonçant un manque d'informations sur les modalités concrètes d'application de la mesure.
"Tout celà est encore très flou", renchérit Cyril Colombani, porte-parole de l'Union des syndicats des pharmaciens d'Officine (USPO), mais "il semblerait que nous allons devoir vérifier avant chaque délivrance que la patiente est bien éligible et qu'elle n'a pas déjà obtenu ses protections périodiques dans une autre pharmacie au cours de la période autorisée. C'est un suivi totalement impossible, et une fois de plus on infantilise et on déresponsabilise les patients, en faisant porter le risque sur le pharmacien."
- Du stock ? -
"Il y a encore beaucoup de questions en suspens", estime de son côté Maud Leblon, directrice générale de Règles Élémentaires.
Tout en saluant l'entrée en vigueur de la mesure, l'association, qui lutte contre la précarité menstruelle, déplore le manque de préparation autour du lancement.
Est-ce qu'il y a aura du stock, plusieurs tailles disponibles? Est-ce que le pharmacien pourra donner des conseils? Autant de questions sans réponse pour le moment.
"Je pense qu'il va vraiment y avoir une phase d'observation de quelques semaines ou quelques mois", estime Maud Leblon.
Règles élémentaires s'inquiète également des critères retenus pour sélectionner les produits remboursés, qu'elle juge insuffisamment exigeants en matière de qualité et de composition.
Si le cahier des charges encadre effectivement l'efficacité du produit avec des tests d'usage obligatoires et des normes textiles à respecter, "il y a par ailleurs un vrai enjeu sur la composition", selon Maud Leblon.
"Le prix qui a été proposé est plutôt bas pour le marché (ndlr: jusqu’à 19 euros la culotte), et donc le risque c'est que les produits français de qualité soient peu référencés et qu'on retrouve des produits avec du plastique, des phtalates, qui viennent de je ne sais où".
"J'espère me tromper mais je ne pense pas que le succès sera au rendez-vous parce que la qualité ne sera pas au rendez-vous", abonde Cyril Colombani qui compare le dispositif au remboursement des préservatifs.
"J'en avais commandé et il m'a fallu deux ans pour écouler le stock", se souvient-il. "Ceux qui les ont essayés préfèrent payer plus cher pour un produit plus fin, mieux lubrifié, plus agréable", explique-t-il.
En attendant, le pharmacien de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) a commandé plusieurs culottes menstruelles, dans plusieurs tailles pour pouvoir répondre aux premières demandes dès jeudi.
Z.Aina--HStB