Honolulu Star Bulletin - "Comme en France" ? L'Italie secouée par un début de contestation

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"Comme en France" ? L'Italie secouée par un début de contestation
"Comme en France" ? L'Italie secouée par un début de contestation / Photo: Marco BERTORELLO - AFP

"Comme en France" ? L'Italie secouée par un début de contestation

L'automne s'annonce agité en Italie avec la multiplication de mouvements de contestation liés au coût de la vie, des carburants et du logement mais aussi à l'éducation, certains manifestants rêvant de faire "comme en France".

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Une partie des professeurs était en grève nationale vendredi, à l'appel du syndicat SISA, pour demander des hausses de salaires et des recrutements.

Des lycéens et étudiants ont aussi prévu de manifester vendredi, à l'appel de différents collectifs, contre le gouvernement de Giorgia Meloni, ou "contre la guerre, le racisme, et l'école-caserne" pour le syndicat étudiant OSA.

Une dizaine de lycées sont déjà occupés à Turin (nord), avec des appels à faire "comme en France", selon la presse locale. "Le monde est à nous", clamait (en français) une pancarte à Turin.

Le mouvement "Fridays for future" a également prévu une vingtaine de rassemblements "pour le climat" vendredi dans le pays.

Surtout, des agriculteurs et des transporteurs ont bloqué plusieurs axes routiers en début de semaine dans les Pouilles, en Calabre et en Sicile (sud) pour protester contre la hausse des prix des carburants, ralentissant ou empêchant le transport de carburants, et risquant de compromettre la production de pâtes faute de livraisons de blé.

Le syndicat de transporteurs Conftrasporto menace désormais d'un "blocage national", dénonçant "le climat de tension créé par l'insoutenable situation liée à la flambée des prix de l'énergie".

Une nouvelle manifestation nationale sur l'"insoutenable coût de la vie" est prévue samedi 17 octobre à Rome.

Le syndicat USB (minoritaire) a appelé de son côté à une grève générale le 30 octobre.

- Inflation -

Si les vagues d'inflation consécutives à la pandémie de Covid-19 puis aux tensions géopolitiques ont touché toute l'Europe, elles ont eu un impact particulièrement fort en Italie, où les salaires et la productivité stagnent depuis plusieurs décennies.

Les salaires réels, corrigés de l'inflation, ont baissé de 6,6% entre 1990 et 2026, selon le Bureau parlementaire du budget (UPB). Ils ont également mis davantage de temps à se redresser après la pandémie que dans la plupart des autres grandes économies européennes, d'après l'OCDE.

Et après des mois de calme, l'inflation a connu une nette accélération en septembre, à 4,2% sur un an, notamment à cause des prix des carburants, selon l'Institut national des statistiques (Istat).

Depuis le printemps et le début de la guerre en Iran menée par les Etats-Unis et Israël, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a cherché à tempérer l'envolée des prix des carburants, d'abord via de coûteuses suspensions de taxes puis grâce à un effort consenti par les distributeurs de pétrole, qui bloquent les prix du litre d'essence sous les deux euros.

A quelques mois des élections parlementaires, prévues pour le printemps 2027, cette question du pouvoir d'achat devient de plus en plus brûlante.

"L'Italie se trouve dans une crise économique et sociale dramatique", a déclaré à l'AFP le secrétaire général du grand syndicat CGIL, Christian Ferrari. "Le coût de la vie est insoutenable, notre système productif perd des morceaux chaque jour, il y a une urgence climatique..."

"Notre objectif est de placer au centre de la campagne électorale les conditions matérielles de vie et de travail des Italiens", a souligné le syndicaliste.

La Première ministre d'extrême droite vante sa longévité à son poste et un redressement des comptes publics, mais sans accélération de la croissance ou hausse des salaires.

Pour l'économiste Veronica De Romanis, professeure à l'université Luiss de Rome, "un ensemble de facteurs liés à une peur de l'avenir, alimentée par la situation géopolitique et des facteurs économiques" pousse certains Italiens à descendre dans la rue.

Les jeunes sont particulièrement frustrés parce qu'en Italie, "les progressions de carrière en termes de salaire ne sont pas liées au mérite, mais à l'ancienneté", ce qui les pousse à "protester en partant à l'étranger".

Selon l'économiste, "nous ne voyons pas encore ce qu'il se passe en France car l'Italie est une +République de tribus+, avec des protections beaucoup plus fortes, liées à votre tribu familiale", notamment via l'héritage, "qui continuent de jouer le rôle d'amortisseurs sociaux", même s'ils sont de moins en moins "résistants".

A Rome, Milan ou Bologne, des étudiants ont aussi planté leurs tentes dans les centre-villes pour protester contre le coût de la vie et des études.

Une dizaine s'étaient installées mercredi sur les pelouses du centre d'affaires milanais de Porta Nuova, entre la tour de la banque Unicredit et le siège de la région Lombardie.

Après des mois de forte mobilisation propalestinienne, "il manque en Italie un nouveau grand mouvement d'automne contre la vie chère, pour le droit au logement, pour le droit aux études, contre la précarisation du travail et l'augmentation du coût de la vie", a déclaré à l'AFP Riccardo, 22 ans, du syndicat UDU.

"En réalité, même si nous ne parvenons pas à mettre le bordel dans le pays comme en France ou à bloquer toutes les routes comme en Espagne, l'objectif est qu'avec tout cela, au moins, pour le dernier budget de ce gouvernement, on recommence à parler de ces sujets", a souligné l'étudiant.

N.Uluwehi--HStB