Fragile trêve entre Etats-Unis et Iran, de nouvelles frappes dans le Golfe
Le cessez-le-feu entre Etats-Unis et Iran semblait précaire mercredi, quelques heures après l'annonce in extremis d'une trêve de deux semaines en échange d'une réouverture du détroit d'Ormuz.
Si deux navires ont pu franchir cette stratégique voie maritime, la méfiance reste forte entre les deux parties.
Le vice-président américain JD Vance a reconnu, depuis la Hongrie où il est en visite, que le cessez-le-feu était "fragile", mettant en garde l'Iran contre toute "tricherie".
Au même moment, le Koweït a indiqué subir ces dernières heures une "intense vague d'attaques" iraniennes, qui ont endommagé installations pétrolières, centrales électriques et usines de dessalement selon l'armée.
Les Emirats arabes unis ont eux aussi fait état de nouveaux tirs de missiles et de drones.
Après un mardi ponctué de frappes et de menaces d'anéantissement de la "civilisation iranienne" proférées par Donald Trump, l'annonce d'une trêve est tombée en pleine nuit en Iran.
Mercredi, Téhéran avait des allures de jour férié, certains habitants préfèrant rester chez eux en attendant d'y voir plus clair, tandis que d'autres avaient fui durant la nuit.
"J'ai encore des douleurs à cause de la peur causée par ces menaces", explique à l'AFP Simin, enseignante d'anglais de 48 ans. "Nous avons été terrifiés au plus profonds de nous-mêmes (...) Le choc et la pression psychologique ont été si intenses que même maintenant, on ne sait pas si on doit se sentir soulagés par la trêve ou pas".
- "Victoire totale" -
L'Iran et les Etats-Unis ont revendiqué chacun la victoire.
"Une victoire totale et complète. 100 pour cent", a assuré Donald Trump à l'AFP par téléphone. Il a affirmé que la question de l'uranium iranien, qu'il accuse d'être utilisé à des fins militaires, serait "parfaitement réglée".
Même ton triomphaliste à Téhéran. "L'Iran a remporté une grande victoire", a estimé le Conseil suprême de la sécurité d'Iran, soulignant que la trêve ne signifiait "pas la fin de la guerre, et que l'Iran n'accepterait la cessation des hostilités" que lorsque les négociations auraient abouti.
Les autorités iraniennes ont annoncé des pourparlers avec Washington à partir de vendredi au Pakistan, médiateur clé dans la guerre au Moyen-Orient entamée le 28 février et qui a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban.
Les discussions sont prévues pour deux semaines, une période susceptible d'être prolongée "en accord avec les deux parties", selon la plus haute instance de sécurité d'Iran.
- Frappes au Liban -
Au Liban, le conflit se poursuit, Israël affirmant que le pays n'est pas concerné par la trêve entre Iran et Etats-Unis contrairement à ce qu'avait déclaré le Pakistan.
Israël est en guerre contre le mouvement libanais pro-iranien Hezbollah depuis le 2 mars, après des tirs de roquette du mouvement sur son territoire.
De nouvelles frappes israéliennes ont touché mercredi matin le sud du Liban, où huit personnes avaient été tuées lors d'une attaque à Saïda peu avant l'annonce du cessez-le-feu.
"La bataille continue", a martelé l'armée israélienne, en dépit des appels français et espagnols à cesser le feu également sur ce front. De son côté, le Hezbollah n'a plus revendiqué d'attaques contre Israël depuis 01H00 locale environ (mardi 22H00 GMT).
L'armée israélienne a confirmé en revanche qu'elle observait la trêve avec l'Iran, tout en restant en "état d'alerte élevé".
- Mécanisme pour Ormuz -
Et l'Organisation maritime internationale (OMI), agence de l'ONU chargée de la sécurité en mer, a dit travailler à un mécanisme pour garantir la "sécurité du transit".
L'Iran a pris au début de la guerre le contrôle de ce passage maritime stratégique, pour où transitait notamment 20% du brut mondial avant la guerre, dont la réouverture a été présentée comme une condition du cessez-le feu.
Donald Trump a exigé son "ouverture totale, immédiate et sécurisée" en échange du cessez-le-feu.
Côté iranien, les dirigeants ont confirmé qu'ils acceptaient de rouvrir "pendant une période de deux semaines" le détroit, "si les attaques contre l'Iran cessent", a écrit sur X le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.
Mais l'armée "surveillera" le "passage quotidien limité des navires".
Plus largement, le président américain a fait part de discussions "très avancées" en vue d'un accord de paix "à long terme" avec l'Iran. Téhéran a transmis "une proposition en 10 points" qui "constitue une base viable pour négocier", a-t-il noté.
La Maison Blanche a ensuite dit envisager des "discussions en personne" avec les Iraniens.
Selon les médias iraniens, le plan proposé par Téhéran réclame la levée des sanctions asphyxiant l'économie iranienne. Il prévoit en outre que Washington accepte l'enrichissement d'uranium, une mention toutefois absente de la copie anglaise transmise à l'ONU.
Les marchés ont salué la nouvelle: les cours du pétrole, WTI comme Brent, sont repassés sous les 100 dollars le baril, le gaz européen a plongé de 20% et les marchés boursiers montrent des signes d'euphorie, à Paris (+4,06%) comme à Francfort (+4,69%). Mais le retour à la normale de l'approvisionnement en kérosène du secteur aérien prendra "plusieurs mois", a averti l'Iata, principale association mondiale de compagnies aériennes.
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C.Kahananui--HStB