Audiovisuel public: ultimes accrochages pour clore quatre mois de commission
La commission d'enquête sur l'audiovisuel public s'est achevée mercredi sur d'ultimes accrochages entre la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, et le député UDR Charles Alloncle, dont le rapport dans une quinzaine de jours risque de faire de nouvelles vagues.
Il s'agissait de la dernière des 67 auditions de cette commission sur "la neutralité" et le "financement" de l'audiovisuel public, dont les travaux ont été émaillés de nombreux incidents depuis leur lancement fin novembre.
Et, sans déroger à la règle, le ton s'est rapidement durci entre Delphine Ernotte Cunci, qui venait pour la seconde fois répondre aux députés, et le rapporteur Charles Alloncle, au sujet du coût de l'entreprise publique, qui emploie 9.000 salariés et diffuse ses programmes sur cinq chaînes.
Pour mettre en avant ses efforts de gestion, Mme Ernotte Cunci, qui exerce son troisième mandat, a affirmé que France Télévisions "coûte 600 millions (d'euros) de moins (par an) qu'il y a dix ans" en comptant l'inflation, du fait des baisses des dotations de l'Etat. En face, le député ciottiste répétait inlassablement que cette dotation a augmenté de 136 millions entre 2015 et 2024.
"Pardon d'être aussi directe, Monsieur le rapporteur, mais ce que vous dites est absolument faux", a lancé Mme Ernotte Cunci. Puis, visiblement agacée: "Pardon, mais je trouve ce procédé très manipulatoire... Vous mélangez chiffre d'affaires et dotation publique... Vous additionnez deux rapports de la Cour des comptes sans le préciser".
L'échange s'est terminé sur un constat de désaccord, à l'image des incompréhensions qui ont dominé les discussions entre Charles Alloncle et certaines des 234 personnes auditionnées, comme l'animateur Nagui, ou l'homme de médias et milliardaire Xavier Niel, qui dénonçaient ses "mensonges".
- "Attaques incessantes" -
Depuis le lancement de cette commission, créée par l'UDR d'Eric Ciotti, allié au RN, Charles Alloncle a concentré les critiques pour ses méthodes qualifiées d'"inquisitoriales", mais il s'est taillé un franc succès auprès de ceux qui considèrent l'audiovisuel public comme trop coûteux et biaisé en faveur de la gauche, notamment en publiant sur X de nombreux extraits choisis des travaux.
Le député UDR estime que son travail a permis de découvrir "un système de gabegies largement assumé" dans les 4 milliards d'euros annuels que l'Etat distribue aux chaînes et radios publiques. Il dénonce aussi un "système de castes et de privilèges", de l'opacité et des conflits d'intérêts dans l'attribution des contrats de France Télévisions aux sociétés de production.
Les travaux avaient été lancés après la polémique déclenchée par une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en pleine discussion privée avec des responsables du PS, dont le contenu a nourri les accusations de partialité de l'audiovisuel public en faveur de la gauche, notamment dans les médias qui sont dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
"Cette commission a permis de mettre en lumière des manquements et des dysfonctionnements. (...) Mais elle a également rappelé, s'il en était besoin, l'importance dans notre pays d'avoir un audiovisuel public fort face à la concurrence des plateformes et des réseaux sociaux", a souligné son président, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons).
L'audiovisuel public "garantit à chaque citoyen un accès à une information fiable, dans un environnement devenu complexe et incertain", a défendu Delphine Ernotte Cunci.
Les salariés de France Télévisions "ont dû endurer pendant des semaines des attaques incessantes du rapporteur sur leur travail et leur éthique professionnelle", a déploré de son côté le député Belkhir Belhaddad (Socialistes et apparentés), dénonçant "une tribune politique relayée sur CNews".
Désormais, Charles Alloncle a une quinzaine de jours pour rédiger ses conclusions et formuler ses propositions d'évolutions, notamment législatives. Il a évoqué l'inscription d'une proposition de loi sur l'audiovisuel public à l'ordre du jour de la "niche" réservée à son groupe à l'Assemblée nationale, le 25 juin.
Les 31 parlementaires qui composent la commission voteront le 27 avril pour ou contre la publication du rapport.
En cas de vote négatif, une situation rare, l'ensemble des travaux, y compris les comptes rendus d'auditions et documents transmis, ne pourraient être rendus publics au nom de la commission d'enquête.
J.Mana--HStB