Le ministre français de la Justice à Alger pour contribuer au dégel des relations
Dans un nouveau geste d'apaisement des tensions diplomatiques avec l'Algérie, la France dépêche lundi à Alger son ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui entend faire avancer la coopération judiciaire et évoquer le sort d'un journaliste emprisonné.
La visite en mai de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, après celle du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, à la mi-février, avait permis de consacrer un dégel des relations entre Paris et son ancienne colonie, indépendante depuis 1962.
La crise avait été déclenchée à l'été 2024 par le soutien apporté par Paris à un plan d'autonomie "sous souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie avait immédiatement retiré son ambassadeur en France.
Les tensions s'étaient aggravées notamment avec l'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié par le président Abdelmadjid Tebboune en novembre 2025.
Lors de son déplacement express, M. Darmanin sera reçu par son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, mais un éventuel entretien avec le chef de l'Etat algérien n'est pas exclu.
Le déplacement de lundi "a pour objet de travailler l'ouverture d'un nouveau chapitre de la coopération judiciaire entre nos deux pays", souligne le ministère de la Justice.
- "Signal très positif" -
La priorité consistera à relancer une collaboration "extrêmement ralentie" et à surmonter un "manque de coopération pour des raisons diplomatiques".
"Des affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de notre compatriote Christophe Gleizes", journaliste incarcéré en Algérie, a assuré le ministère.
Arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024, le journaliste sportif a été condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".
Le principe d'une visite d'un diplomate français à Christophe Gleizes avait été acté lors d'une rencontre entre Mme Rufo et le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, et a finalement eu lieu.
Signe d'un réchauffement des relations bilatérales franco-algériennes, le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, se rendra pour sa part à Paris dans "quelques jours", a annoncé M. Nuñez dans un entretien paru dimanche.
"C'est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement", a-t-il salué, dans La Tribune Dimanche, en rappelant que "plusieurs millions de personnes de part et d'autre de la Méditerranée" étaient concernées par la relation entre les deux pays.
Cette embellie des relations s'illustre déjà par une "reprise importante" des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux vers l'Algérie. Ce nombre est passé de zéro à "quelques centaines" ces derniers mois.
- Lutte contre le cartel criminel DZ Mafia -
A Alger, Gérald Darmanin devrait en particulier aborder le dossier de la "DZ mafia", un cartel d'organisations criminelles originaire de la ville de Marseille.
La justice française a formulé "une dizaine de demandes" d'entraide judiciaire visant des dirigeants de ce réseau, réfugiés de l'autre côté de la Méditerranée. La France a réussi à obtenir auprès du Maroc l'extradition de Félix Bingui, chef du clan rival Yoda.
Fait notable, le ministre français sera notamment accompagné de manière inédite par le procureur national financier, Pascal Prache. La présence de ce haut magistrat vise à répondre aux requêtes algériennes concernant des biens acquis par la France durant la période coloniale.
Par ailleurs, le sort d'un agent consulaire algérien en détention provisoire en France sera abordé, l'homme ayant pu bénéficier "de droits de visite" dans le strict "respect de l'indépendance de la justice".
Le 27 avril, le président français, Emmanuel Macron, avait lancé une pique aux partisans en France d'une ligne dure avec le pouvoir algérien, fustigeant "tous les mabouls" qui veulent "se fâcher avec l'Algérie".
Le patron du parti de droite Les Républicains et ex-ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, qui s'était senti visé, avait vertement répliqué. "Avec le régime d'Alger, la politique des bons sentiments est condamnée à l'échec et aucune douleur de l'Histoire ne donne le droit à ses dirigeants d'humilier et d'insulter la France", avait jugé le candidat à l'élection présidentielle.
N.Uluwehi--HStB