Honolulu Star Bulletin - Courtisés de toutes parts, les créateurs de contenu se préparent à peser sur la présidentielle

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Courtisés de toutes parts, les créateurs de contenu se préparent à peser sur la présidentielle
Courtisés de toutes parts, les créateurs de contenu se préparent à peser sur la présidentielle / Photo: JULIEN DE ROSA - AFP

Courtisés de toutes parts, les créateurs de contenu se préparent à peser sur la présidentielle

Les responsables politiques veulent les rencontrer, les médias veulent les employer. Les créateurs de contenu, vus comme un sésame vers leurs jeunes abonnés, se préparent à être acteurs de la campagne présidentielle de 2027.

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Sam Zirah, plus de deux millions d'abonnés sur YouTube, s'est fait connaître en interviewant des candidats de téléréalité mais invite désormais des responsables politiques.

Le trentenaire estime que ses interviews, davantage axées sur la vie personnelle de l'invité, sont "complémentaires" de celles proposées dans les grands médias.

Avant les élections municipales, en février, il demande ainsi à la candidate LFI à Paris Sophia Chikirou si elle a le "seum" (une frustration) d'être identifiée comme la compagne de Jean-Luc Mélenchon.

La semaine suivante, son concurrent à gauche Emmanuel Grégoire, depuis élu maire, évoque sur son plateau le récent suicide de son frère.

"L'intime est politique", juge Sam Zirah, qui assure que ses interviews ne sont pas pour autant complaisantes.

Mais de fait, les créateurs de contenu offrent généralement à leurs invités des formats plus longs et des questions moins féroces. Avec, à la clé, l'accès à une audience plus jeune.

Ces créateurs sont des stars sur YouTube, Twitch, TikTok ou encore Instagram. Or plus de la moitié des moins de 25 ans citent les réseaux sociaux et plateformes vidéo comme principale source d'information, selon un baromètre de l'Arcom (Autorité de régulation de la communication numérique) publié en janvier 2026.

Pour Pascal Lardellier, spécialiste en communication politique à l'université Bourgogne-Europe, les influenceurs vont "jouer un rôle fondamental" dans la présidentielle. Ils peuvent, selon lui, "ramener à la politique" des jeunes particulièrement touchés par l'abstention.

- Chats ou chiens -

Les médias traditionnels, eux aussi en quête de nouvelles audiences, travaillent de plus en plus avec ces créateurs aux visages juvéniles.

France TV collabore depuis plusieurs années avec HugoDécrypte qui, à 29 ans, est suivi par 3,7 millions de personnes sur YouTube et 5,5 millions sur Instagram.

Sam Zirah préfère rester discret sur les détails, mais glisse multiplier les rendez-vous avec des groupes télévisuels pour la présidentielle de 2027.

Pour la campagne, TF1 a déjà lancé une série d'entretiens politiques en coproduction avec le youtubeur Gaspard G, dont le premier épisode, avec Jean-Luc Mélenchon, a été diffusé début avril.

L'Insoumis, qui n'a pas de mots assez durs contre les médias traditionnels, rechigne à se rendre en plateau - même si c'est sur celui du 20H00 de TF1 qu'il a annoncé sa candidature présidentielle - et a pleinement intégré les créateurs de contenu dans sa communication.

Il a lancé en février des conférences de presse réservées aux nouveaux médias et influenceurs, ce qui lui a valu d'être accusé de "filtrer" les journalistes.

L'influenceuse Anna Baldy, qui analyse l'actualité sous le pseudonyme Grande bavardeuse, a fait partie des invités de cette conférence.

"On n'est pas dupes quand on est invité quelque part", les personnalités politiques "savent que c'est la seule façon de parler aux jeunes", juge cette récente diplômée de Sciences Po. Elle pense aussi que les influenceurs, surtout quand ils débutent, sont jugés plus facilement manipulables que les journalistes de médias établis.

Anna Baldy réfléchit à la façon dont elle couvrira la campagne de 2027, mais pense qu'elle n'interviewera pas de candidats, un exercice qu'elle juge très difficile.

"Je ne crois pas avoir pour le moment la maturité de le faire et j'ai pas envie de demander à Jordan Bardella s'il préfère les chats ou les chiens", dit-elle.

- "Plus important qu'un député" -

Le président du RN, à peine trentenaire, est tellement suivi sur les réseaux sociaux qu'il est "lui-même devenu un influenceur", juge Pascal Lardellier.

Le Rassemblement national peut aussi compter sur un réseau d'influenceurs qui relaient ses idées. Mais d'autres, comme le célèbre youtubeur Squeezie, avaient appelé à lui faire barrage aux législatives de 2024.

Les créateurs de contenu prendront-ils parti en 2027? S'exprimer comporte le risque de s'aliéner les abonnés qui votent différemment.

Sam Zirah et Anna Baldy disent qu'ils ne prévoient pas de soutenir un candidat. Mais cette dernière, dont le contenu est marqué à gauche, ne se l'interdit pas, surtout pour le second tour.

L'entourage d'un candidat à la présidentielle affirme avoir récemment été approché par une influenceuse voulant les aider.

"Aujourd'hui, un soutien comme ça, c'est plus important qu'un député", dit cette source à l'AFP. Avant d'ajouter: "Les créateurs de contenu et nouveaux médias vont faire partie de notre stratégie, à la hauteur d'un média comme TF1".

led/hr/tes

K.Kalewa--HStB