Honolulu Star Bulletin - Champion historique de la gauche brésilienne, Lula court contre le temps

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Champion historique de la gauche brésilienne, Lula court contre le temps
Champion historique de la gauche brésilienne, Lula court contre le temps / Photo: Miguel SCHINCARIOL - AFP

Champion historique de la gauche brésilienne, Lula court contre le temps

Torse nu et en sueur sur son tapis roulant, il court, Lula, il court. A bientôt 81 ans, il veut montrer qu'il a l'énergie pour présider encore le Brésil.

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"On ne peut pas empêcher la Terre de tourner et les années de passer", philosophe de sa voix rauque Luiz Inacio Lula da Silva, dans l'une des vidéos où il met en scène ses exercices physiques sur les réseaux sociaux.

Après 12 ans cumulés au pouvoir, l'homme du peuple devenu homme d'Etat brigue un quatrième et dernier mandat.

Il a survécu aux défaites, survécu à la prison - 580 jours en 2018-2019 - et à une condamnation pour corruption. Annulée pour motifs de procédure et pour cause de partialité du juge, elle suscite toujours à droite les lazzis "Lula voleur".

Le champion de la gauche a survécu aussi aux problèmes de santé. Selon son médecin, il avait frôlé "le pire" fin 2024 en raison d'une hémorragie près du cerveau, conséquence d'une chute.

Après un cancer de la peau, il porte depuis quelques mois un panama sur ses cheveux jadis noirs et drus, désormais gris et plus clairsemés, tout comme sa barbe emblématique.

Mais il le jure: il se sent plus en forme que jamais. Et veut "vivre jusqu'à 120 ans".

- "Epique" -

Lancé dans sa dernière bataille, il ne perd pas une occasion de mettre en avant sa biographie - sa "trajectoire épique", dixit son ex-ministre Fernando Haddad, un proche.

Lula est né le 27 octobre 1945 dans une famille de paysans pauvres du Pernambouc (nord-est).

Fuyant la faim, sa famille s'installe dans la région industrielle de Sao Paulo (sud-est). Ouvrier à 14 ans - il perd un doigt à l'usine -, il devient leader syndical et dirige de grandes grèves à la fin des années 1970, en pleine dictature militaire.

Après trois candidatures infructueuses, l'ancien métallo entre en 2003 au palais présidentiel à Brasilia.

Réélu en 2006, il quitte le pouvoir avec une popularité au zénith, portée par les programmes sociaux financés grâce au boom des matières premières. Et fort d'une aura internationale de leader du Sud et défenseur du multilatéralisme.

Mais les énormes scandales de corruption qui ont éclaboussé son camp laissent des traces profondes, alimentant la polarisation de la scène politique.

- Sans portable -

En 2022, Lula l'emporte de peu face au sortant Jair Bolsonaro. Le chef de l'extrême droite sera plus tard condamné à la prison pour tentative de coup d'Etat contre son tombeur.

De retour aux affaires, l'éternel patron du Parti des travailleurs paraît d'abord en décalage avec un Brésil qu'il semble redécouvrir: à couteaux tirés et saturé de désinformation.

Comme un symbole, il persiste à vivre sans téléphone portable, alors que ses 213 millions de concitoyens sont massivement connectés.

Il est crédité d'avoir rétabli les politiques sociales abîmées par son prédécesseur, et freiné le saccage de l'Amazonie.

Son troisième mandat a toutefois des airs de remake, sans guère d'idées nouvelles, tout comme sa campagne pour un quatrième bail.

Comme un aveu, ce père de cinq enfants a dit récemment ne pas vouloir "être seulement le président de la Bolsa Familia". Cette allocation aux foyers les plus pauvres reste son legs le plus marquant - mais est vieille de plus de 20 ans.

- Match de trop ? -

Pourquoi ce supporter fanatique des Corinthians, club de foot de Sao Paulo, prend-il le risque du match de trop ?

Lula, qui s'est bien gardé de pousser un héritier, explique qu'il entend empêcher l'extrême droite de revenir "détruire" la première puissance d'Amérique latine.

Fils de son meilleur ennemi, son rival Flavio Bolsonaro a hâte de tourner la page: "Quand on regarde Lula, on ne voit pas d'avenir".

"Il est en pleine forme", affirme à l'AFP un diplomate étranger sous couvert d'anonymat, impressionné par la vitalité du président brésilien.

Aux dires de l'intéressé, sa troisième épouse, Rosângela da Silva, dite "Janja", y est pour quelque chose. Cette féministe de 60 ans est omniprésente et fait mouche auprès du camp progressiste.

S'il perd en octobre, Lula sortira par la petite porte. Mais sa place dans l'Histoire est garantie: aucun autre président démocratiquement élu n'a dirigé aussi longtemps le Brésil.

Il le disait avec une tranquille assurance en 2024 devant des médias étrangers, dont l'AFP, dans sa résidence de l'Alvorada: "Il n'y a personne dans ce pays qui ait plus d'expérience de président que moi."

J.Mana--HStB