Honolulu Star Bulletin - Le déploiement de milliers de soldats salvadoriens en Haïti, sans doute plus qu'une opération de sauvetage

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Le déploiement de milliers de soldats salvadoriens en Haïti, sans doute plus qu'une opération de sauvetage
Le déploiement de milliers de soldats salvadoriens en Haïti, sans doute plus qu'une opération de sauvetage / Photo: Handout - 2026 Planet Labs PBC/AFP

Le déploiement de milliers de soldats salvadoriens en Haïti, sans doute plus qu'une opération de sauvetage

En une semaine, le Salvador a envoyé au moins 2.000 militaires en Haïti pour, selon son gouvernement, retrouver d'autres soldats portés disparus après une attaque de gangs. Mais l'ampleur de ce déploiement semble montrer qu'il s'agit d'une mission bien plus vaste.

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L'arrivée rapide, massive et discrète de ces militaires, en dehors des cadres internationaux existants mais avec le soutien des États-Unis, risque de désorganiser la lutte contre la violence armée en Haïti, confiée par l'ONU à une Force de répression des gangs (FRG).

Le 18 octobre, quatre soldats salvadoriens intégrés à la FRG ont disparu dans un quartier de la capitale Port-au-Prince, très largement contrôlé par des bandes criminelles.

Cet incident n'est qu'une "façade" avancée par le président salvadorien Nayib Bukele pour envoyer ses troupes, tranche Jake Johnston, un expert américain sur Haïti.

"Avec 2.000 soldats, chiffre qui pourrait augmenter dans les prochains jours, cela n'a rien d'une opération de recherche", affirme à l'AFP ce chercheur au CEPR, un cercle de réflexion basé à Washington. Il y voit plutôt "une forme de déploiement de long terme" pour combattre les gangs, en plus de la FRG.

L'opacité qui entoure l'arrivée du contingent ne fait que renforcer cette incertitude.

- Vols charter et nouvelles structures -

Il a fallu attendre cinq jours pour avoir une confirmation par le gouvernement salvadorien de l'ampleur du déploiement et de l'accord des autorités haïtiennes.

Ces dernières ont évoqué une "coopération sécuritaire", mais son cadre légal précis demeure inconnu.

Et, alors que "tous les signes pointent vers un soutien américain" selon Jake Johnston, Washington est muré dans le silence.

Le Pentagone se borne à confirmer auprès de l'AFP l'envoi d'au moins deux avions militaires à Port-au-Prince pour du soutien logistique la semaine dernière. Le département d'État, lui, reste muet.

Une vingtaine de vols charter entre San Salvador et Port-au-Prince ont pourtant été recensés par l'AFP du 22 au 29 octobre, selon les données des plateformes de suivi de vols FlightRadar24 et AirNav Radar. Aucun des appareils impliqués n'avait enregistré de passage par San Salvador au cours des douze mois précédents.

Et sur la même période, dix structures - qui pourraient être des tentes - ont été installées sur la base militaire internationale de l'aéroport Toussaint-Louverture de Port-au-Prince, selon l'analyse d'images satellites par l’AFP.

- Risques pour les civils -

Pourquoi Nayib Bukele se lance-t-il dans une opération aussi complexe et coûteuse en Haïti, où aucune solution sécuritaire n'a fonctionné depuis des années ?

Il a "intérêt à exporter et vendre" son "modèle", estime Jake Johnston.

C'est avec ce "modèle", basé sur l'instauration d'un état d'exception, le recours à des incarcérations massives mais aussi à des arrestations arbitraires et des actes de torture selon des défenseurs des droits humains, qu'il se targue d'avoir drastiquement réduit la criminalité au Salvador.

Mais reproduire l'entreprise en Haïti est risqué.

Dans la lutte contre les gangs, l'arrivée des soldats salvadoriens vient s'ajouter à la présence de la police haïtienne, de son armée, d'une "task force" composée de mercenaires étrangers et des quelque 2.000 agents de la FRG.

"Vous avez désormais cinq forces séparées sans réel commandement unifié", s'inquiète Diego Da Rin, analyste du Crisis Group. Sur le terrain, "certaines de ces forces collaborent" mais "ce n'est pas très orthodoxe", souligne-t-il auprès de l'AFP.

Jake Johnston estime lui qu'entre les lenteurs de déploiement de la FRG et la rapidité de celui des Salvadoriens, ces derniers vont prendre l'ascendant sur la FRG, dont le mandat des Nations unies expire dans cinq mois.

Et cela l'inquiète, car les soldats salvadoriens semblent arriver sans objectif précis ni connaissance du terrain.

"Vous pouvez tuer beaucoup de monde, mais est-ce que cela va vraiment changer les dynamiques qui continuent de conduire à de la violence et de l'insécurité en Haïti", alerte-t-il, craignant "d'immenses risques pour les civils."

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Z.Hanohano--HStB