Ukraine : fin d'une trêve exceptionnelle à Olechky
La trêve qui a permis l'évacuation d'habitants d'Olechky, ville occupée par la Russie dans le sud de l'Ukraine, a pris fin dimanche soir, un répit exceptionnel mais circonscrit alors que Kiev et Moscou poursuivent par ailleurs leurs frappes.
Cette trêve qui a débuté mardi matin et s'est achevée dimanche à 20H59 GMT, a permis l'évacuation d'habitants de cette ville située sur la ligne de front dans la région de Kherson, aux accès minés, sous le feu croisé des drones russes et ukrainiens, et en proie depuis des mois à de graves pénuries.
"Pendant cette période, les parties ont respecté leurs engagements. Cela a rendu possible de livrer une aide humanitaire à Olechky et d'aider les civils qui voulaient quitter la ville en toute sécurité", a déclaré sur Telegram le médiateur ukrainien pour les droits humains, Dmytro Loubinets, ajoutant qu'il travaille désormais avec son homologue russe, Iana Lantratova, à de nouvelles "initiatives humanitaires".
Il s'agit du plus long cessez-le-feu depuis le début de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine déclenchée en février 2022. Ni Kiev ni Moscou n'ont fait état de violation de l'accord, à la différence d'autres cessez-le-feu partiels, notamment à l'occasion des Pâques orthodoxes.
La Russie a refusé une proposition de l'Ukraine d'étendre ce cessez-le-feu, selon les déclarations d'un haut responsable de la présidence ukrainienne à l'AFP. "Les Russes ne veulent pas", a-t-il affirmé.
La trêve s'est étendue au-delà d'Olechky afin de permettre l'acheminement d'aide humanitaire et le départ des personnes évacuées, offrant également à la ville de Kherson, située sur la rive opposée du Dniepr, une bouffée d'oxygène.
"Il faut en profiter pour avancer (...) nous préparons les rosiers pour qu'ils puissent survivre cet hiver", a raconté Volodymyr Omeltchenko, un jardinier de la ville, à l'AFP.
Les forces armées ukrainiennes ont dit avoir également profité de la trêve pour évacuer 167 autres civils, dont 22 enfants, d'autres zones de la région ravagées par les combats.
Le pape Léon XIV, qui avait lui-même soutenu l'idée d'une trêve humanitaire à Olechky, a dit espérer que cette coopération entre Kiev et Moscou "renforcera la volonté de dialogue et conduira à de nouvelles initiatives concrètes en faveur de la paix".
- "Ça va être l'enfer" -
Pour autant, toutes les personnes rencontrées par l'AFP à Kherson s'attendent sans illusion à une reprise immédiate de la guerre dès la fin du cessez-le-feu dimanche soir.
"Ça va être l'enfer, encore pire qu'avant", prédit une source militaire locale, qui souhaite garder l'anonymat.
Selon cet officier, les forces russes, positionnées sur l'autre rive du fleuve, ont profité du calme des derniers jours pour amasser de nouvelles troupes, acheminer des stocks de munition, et collecter des renseignements sur les positions ukrainiennes à l'aide de drones de surveillance.
Le chef de l'administration militaire de la région de Kherson, Oleksandre Prokoudine, a exhorté les habitants de la région à "être particulièrement vigilants" et à "répondre immédiatement aux avertissements d'attaques russes" après l'expiration du cessez-le-feu.
La Russie comme l'Ukraine ont par ailleurs continué leurs frappes en dehors de la zone du cessez-le-feu.
Des frappes russes dimanche ont fait trois morts, dont une adolescente de 13 ans, dans les régions de Vinnytsia (centre) et Soumy (nord), selon les autorités ukrainiennes.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé plus tôt dimanche des frappes russes nocturnes sur les installations énergétiques du pays qui ont laissé "des centaines de milliers de familles sans électricité".
Selon le ministère de l'Énergie ukrainien, des pannes de courant causées par ces frappes russes affectent particulièrement les régions de Dnipropetrovsk et Kiev.
L'Ukraine continue également de viser la Russie et les territoires occupés, notamment les infrastructures pétrolières. Kiev qualifie ces frappes de réponses à celles de Moscou sur son réseau énergétique, et tente également d'assécher une importante ressource financière pour la Russie.
Les autorités installées par Moscou dans les territoires occupés de l'est de l'Ukraine ont fait état de cinq morts dans des frappes ukrainiennes entre samedi soir et dimanche.
Les autorités russes ont également fait état de frappes contre un site industriel dans la région de Nijni Novgorod, à l'est de Moscou.
Selon des médias ukrainiens, la raffinerie de Kstovo a été touchée, l'une des plus grandes du pays.
Le président américain Donald Trump a à plusieurs reprises exigé que Kiev cesse ses frappes sur les raffineries russes, estimant qu'elles sont responsables de l'augmentation des prix du carburant. Les experts attribuent en revanche cette situation à la guerre au Moyen-Orient déclenchée par les États-Unis et Israël.
Les efforts diplomatiques sous médiation de Washington pour mettre fin à l'invasion russe en Ukraine sont pour l'instant à l'arrêt. Une rencontre trilatérale entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine doit cependant avoir lieu en novembre.
N.Uluwehi--HStB