Honolulu Star Bulletin - Dix ans après Montreuil-Bellay : la famille Théodore réclame réparation pour les internements tsiganes

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Dix ans après Montreuil-Bellay : la famille Théodore réclame réparation pour les internements tsiganes
Dix ans après Montreuil-Bellay : la famille Théodore réclame réparation pour les internements tsiganes

Dix ans après Montreuil-Bellay : la famille Théodore réclame réparation pour les internements tsiganes

Dix ans après la prise de parole de François Hollande à Montreuil-Bellay, la famille Théodore, soutenue par l'association RoVY, réclame des actes concrets. Elle demande la reconnaissance officielle des crimes commis par l'État français contre les populations tsiganes et une réparation pour les internements subis entre 1941 et 1946.

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À l’occasion du dixième anniversaire du discours prononcé par François Hollande à Montreuil-Bellay, la famille Théodore, représentée par son avocat Me Benoît Candon et soutenue par l’association RoVY, a lancé un appel à la reconnaissance des crimes commis par l’État français contre les populations désignées comme « nomades ». Cette démarche vise à transformer la parole présidentielle de 2016 en mesures concrètes de réparation pour les victimes et leurs descendants.

Entre juillet 1941 et juin 1945, plusieurs membres de la famille Théodore ont été internés successivement dans les camps de Coudrecieux, Mulsanne, Montreuil-Bellay et Jargeau. Leur privation de liberté s’est prolongée au-delà de la Libération d’août 1944, certaines familles ne retrouvant leur liberté qu’en 1946. À ces internements arbitraires se sont ajoutées des spoliations de biens et des souffrances dont les conséquences ont marqué plusieurs générations.

Cette nouvelle initiative prolonge un combat juridique entamé précédemment par Henriette Théodore, dite Lanine. En septembre 2020, celle-ci avait saisi le Conseil d’État sans que sa demande aboutisse, en raison d’un contentieux mal engagé mais sans préjudice du fond. La démarche actuelle, portée auprès du Premier ministre, vise spécifiquement la reconnaissance de la responsabilité de l’État pour crimes contre l’humanité, tels que définis par l’article 212-1 du code pénal. Ce texte qualifie d’infractions imprescriptibles « l’emprisonnement ou toute autre forme de privation grave de liberté physique en violation des dispositions fondamentales du droit international », lorsqu’il est commis en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique.

Bien que les auteurs directs de ces faits soient décédés et ne puissent plus être condamnés par les cours d’assises, cette qualification juridique ouvre la voie à une indemnisation par l’État français. L’État est considéré comme co-responsable avec l’Allemagne des préjudices subis par les victimes et leurs ayants droit. Cette qualification reste soumise à l’appréciation des autorités compétentes et pourra faire l’objet de contestations devant le juge administratif.

Le 29 octobre 2016, François Hollande avait reconnu à Montreuil-Bellay la responsabilité de la France dans l’internement des populations nomades. Pour RoVY, cette reconnaissance doit être prolongée par une admission officielle des crimes commis et des responsabilités institutionnelles dans les persécutions, les privations de liberté et les spoliations. L’association insiste sur la nécessité de nommer la dimension institutionnelle de l’antitsiganisme : un racisme inscrit dans des lois, des décisions administratives et des pratiques publiques ayant organisé l’exclusion et la persécution des populations concernées.

RoVY souligne que cette reconnaissance doit intégrer pleinement les internements prolongés après la Libération. Elle doit également contribuer à combattre les discriminations qui persistent aujourd’hui. Le dossier de la famille Théodore constitue une première étape destinée à préparer celles d’autres familles d’internés. L’objectif est de dégager une méthode pour réunir les archives, documenter les internements et les spoliations, identifier les préjudices et préparer les demandes de reconnaissance et de réparation.

Les enseignements tirés de ce premier dossier doivent permettre de structurer une procédure pouvant servir de cadre aux démarches ultérieures. Cette approche pourrait s’appuyer sur l’action de groupe prévue par l’article 16 de la loi n° 2025-391 du 20 avril 2025, tout en tenant compte de chaque histoire familiale spécifique.

RoVY demande l’ouverture d’un dialogue avec l’État, associant les familles concernées et leurs représentants, pour définir les suites de cette reconnaissance. L’association soutient la demande d’une réponse motivée au dossier de la famille Théodore et l’examen des spoliations et des préjudices invoqués. Au-delà de cette démarche familiale, RoVY porte la nécessité de faciliter l’accès aux archives, de documenter les parcours des personnes internées et d’examiner les conditions d’une réparation pour les victimes et leurs ayants droit.

L’association souhaite également développer un travail de mémoire consacré aux internements en France, avec une place centrale donnée à la parole des familles. La transmission de cette histoire dans l’enseignement, les lieux de mémoire et les commémorations doit contribuer à la connaissance des persécutions et à la lutte contre l’antitsiganisme. Pour RoVY, la mémoire des victimes appelle un engagement durable des institutions, aux côtés des descendants qui la font vivre.

G.Pololani--HStB