Tour de France: Paul Seixas, la promesse de l'aube
Au pied du podium à l'issue de son premier Tour de France à seulement 19 ans, Paul Seixas a confirmé qu'il avait le potentiel, la carrure et le caractère pour un jour l'emporter et semble être le candidat naturel destiné à mettre fin à la disette français sur la Grande Boucle.
Quand le Lyonnais, plus jeune coureur à prendre le départ du Tour de France depuis 1937, assure une quatrième place au classement général après trois semaines de lutte acharnée, il est déçu.
Le leader de la formation Décathlon CMA-CGM rêvait de podium à Paris, pressé de noircir les pages des livres d'histoire du cyclisme comme si le temps lui était compté.
"C'est juste extraordinaire, il ne faut pas oublier, je le répète et je l'ai répété souvent durant ces trois semaines, c'est un garçon qui découvre un grand tour, qui découvre le Tour de France et qui n'a que 19 ans", martelait au sommet de l'Alpe d'Huez son directeur sportif Julien Jurdie, bluffé par les prouesses de son poulain.
- "Intelligent" -
Le vainqueur du Tour de l'Avenir 2025 débarquait sur la Grande Boucle sans avoir jamais dépassé les huit jours de course consécutifs et après avoir connu une chute au Tour d'Auvergne-Rhône-Alpes qui a perturbé sa préparation.
Jour après jour, avec un sérieux et une minutie presque militaire, il a appliqué le plan établi avec son équipe sans jamais sortir du cadre malgré l'effervescence et l'agitation qui l'ont accompagné.
"Il a couru de manière intelligente, il étudie, il voit jusqu'où il peut aller sans exagérer, sans attaquer comme il l'avait fait au tour du Pays basque, mais tout en étant très clairvoyant", salue Joxean Matxin Fernandez, directeur sportif des UAE de Tadej Pogacar.
Vainqueur chez les Basques en avril, Seixas avait vécu un début de saison sidérant, seulement battu par le Slovène aux Strade Bianche et à Liège-Bastogne-Liège.
Il n'a cette fois pas fait étalage de son tempérament offensif, semblant parfois inspiré des longs raids solitaires du "Cannibale" d'UAE.
Le Tour devait constituer une nouvelle étape dans son ascension vers les sommets, et le vainqueur de la Flèche Wallonne a répondu présent, accrochant les roues des tout meilleurs, à l'exception de Pogacar, encore sur une autre planète pour l'instant.
Mais Seixas souhaite se rapprocher du désormais quintuple vainqueur du Tour, et pourra pour cela compter sur l'expérience accumulée à toute allure lors de ce mois de juillet caniculaire.
- "Mentalement, c'est un monstre" -
"Il va beaucoup apprendre, c'est un apprentissage à vitesse grand V, comme on l'a vu depuis le début de sa saison 2026", note Jurdie.
"On est avec un garçon qui avance surtout mentalement, physiquement. En termes de récupération, on avait des questions. On n'en a plus maintenant parce qu'on sait qu'il récupère très bien", poursuit-il.
Dans le dur lors des toutes dernières étapes montagneuses, le jeune espoir s'est tout de même glissé dans six top 5 d'étapes, dont deux podiums en altitude.
"Ça a été très dur nerveusement, physiquement mais on va pouvoir en retirer beaucoup d'expérience et revenir plus fort", a assuré le jeune bleu au micro d'Eurosport dimanche matin, affirmant retenir "la foule" et "la souffrance" de sa grande première.
Il a également montré qu'il avait l'étoffe d'un futur patron, se montrant attentif au moindre détail sur le vélo comme hors course, directif avec son équipe au moment d'obtenir des informations sur ses adversaires lors des arrivées.
Au premier rang de ceux qu'ils surveillent? Isaac Del Toro, son rival mexicain de 22 ans, avec qui les batailles promettent pour les années à venir.
Seixas "est un coureur avec beaucoup de talent, avec de la classe, du respect pour ses rivaux, mais il ne les craint pas", remarque Matxin Fernandez, qui voit chez le jeune Français beaucoup de "caractère, et ça, les champions l'ont".
Un constat que rejoint Julien Jurdie: "Le mental, c'est un garçon qui l'a, je l'ai découvert cette année sur toutes les courses qu'il faisait, mentalement c'est un monstre, c'est ce qui fait un champion quand physiquement tu es au-dessus et que mentalement tu arrives à pousser le curseur très très haut".
Jusqu'au maillot jaune, un jour?
P.Aukai--HStB