Ligue 1: une valse des entraîneurs sans précédent
"Le temps dans le foot, on n'en a pas": la nouvelle saison de Ligue 1, qui reprend ce week-end, est marquée par un nombre élevé de mouvements d'entraîneurs, limogés ou partis eux-mêmes tenter l'aventure ailleurs, dans un monde du football instable.
Des 16 clubs alignés en Ligue 1 cette saison et déjà présents l'an dernier, seulement quatre ont conservé leur entraîneur: le PSG (Luis Enrique), Rennes (Franck Haise), Lyon (Paulo Fonseca) et le Havre (Didier Digard).
Un bilan auquel on peut rajouter les deux promus, Troyes (Stéphane Dumont) et Le Mans (Patrick Videira), qui ont renouvelé leur confiance au staff ayant décroché la montée.
Dans un marché estival des transferts particulièrement atone pour les joueurs cette saison, c'est bien le mercato des coaches qui a agité la L1, avec l'exception de Brest, qui a promu Julien Lachuer comme entraîneur principal après le décès tragique d'Eric Roy.
"On voit bien à chaque fois qu'il y a des études de faites au niveau mondial que la durée de vie des entraîneurs professionnels est de plus en plus courte", regrette Haise, qui est lui-même arrivé sur le banc de Rennes en février après un an et demi à Nice.
"Bientôt je ferai partie des anciens, rester plus de deux ans dans un club, c'est déjà énorme", renchérit Videira, au parcours inhabituel, passé par le foot amateur avant d'arriver au Mans en 2024.
"J'ai été 10 jours au Brésil (voir le club de Coritiba qui appartient à OutField, le fonds de pension qui contrôle Le Mans FC, NDLR) et la durée moyenne pour un coach de première division y est de 6 mois. Je me dis qu'en France, on a 7 mois de plus", préfère-t-il positiver.
- "J'ai pris une location meublée" -
Les changements ont déjà été nombreux au cours de la saison dernière, poussés par la pression des résultats, la palme revenant à Nantes avec trois entraîneurs différents (Luis Castro, Ahmed Kantari, puis Vahid Halilhodzic).
"Pour un certain nombre de clubs, on se dit qu'on va changer d'entraîneur et que l'équipe va se transformer. On voit bien aussi qu'objectivement, ce n'est pas toujours le cas, et qu'il y a parfois des problèmes qui sont un peu plus profonds", note Haise.
Les Canaris, finalement relégués, peuvent en témoigner, tout comme Metz, lanterne rouge malgré le remplacement de Stéphane Le Mignan par Benoît Tavenot.
"(La précarité), ça fait partie de notre métier, malheureusement (...) J'ai pris une maison meublée, parce que je sais très bien qu'aujourd'hui, dans notre métier, les résultats sont essentiels et qu'il faut être préparé à prendre ses valises et partir", regrette Videira.
"Il faut simplement que nos dirigeants comprennent qu'on n'a pas de boule de cristal. Des fois, on a besoin d'un peu plus de temps. Malheureusement, le temps dans le foot, on n'en a pas", ajoute-t-il.
- Des entraîneurs plus libres -
Cet été, les finances exsangues de nombreux clubs français ont peut-être poussé vers des choix d'entraîneurs plus jeunes (la majorité des entraîneurs de L1 a moins de 50 ans) et moins connus, venus de l'étranger.
Strasbourg s'est ainsi tourné vers le Portugais Hugo Oliveira, entraîneur de Famalicao, Lille a offert à Davide Ancelotti, fils de Carlo, sa première expérience d'entraîneur principal en Europe, tout comme Monaco avec le Brésilien Filipe Luis (Flamengo).
Toulouse a lui recruté le Danois Jens Berthel Askou, arrivé de Motherwell (Ecosse), après "l'avoir identifié avec la data", expliquait le président du TFC Olivier Cloarec.
Mais si les clubs se séparent de plus en plus facilement de leur entraîneur, le mouvement inverse se produit également.
"Les entraîneurs ont bien compris dans quel monde ils sont, note Haise. Pourquoi ils ne partiraient pas aussi quand ils ont parfois des opportunités plus intéressantes, des clubs avec plus d'ambition, plus de moyens."
Pierre Sage, auteur d'une première saison remarquable avec Lens (2e de Ligue 1, titre en Coupe de France), a ainsi rejoint Crystal Palace, 15e de Premier League. Gary O'Neil a lui aussi cédé aux sirènes anglaises pour rejoindre Ipswich Town, après une demi-saison à Strasbourg. Un signe supplémentaire des difficultés financières de la L1.
B.Kekoa--HStB