Honolulu Star Bulletin - En Ukraine, l'armée mise sur des "essaims" de drones contrôlés par l'IA

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En Ukraine, l'armée mise sur des "essaims" de drones contrôlés par l'IA
En Ukraine, l'armée mise sur des "essaims" de drones contrôlés par l'IA / Photo: Tetiana DZHAFAROVA - AFP/Archives

En Ukraine, l'armée mise sur des "essaims" de drones contrôlés par l'IA

Des centaines de drones contrôlés par l'IA opérant de concert, communiquant entre eux pour attaquer des cibles de manière autonome: voici une vision dystopique de la guerre que l'industrie de la défense ukrainienne souhaite concrétiser.

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Quatre ans après l'invasion russe à grande échelle, la création d'essaims de drones est l'un des sujets les plus brûlants dans le domaine des technologies militaires, dans un pays qui se targue d'être le spécialiste mondial de la guerre des drones.

"L'intérêt est immense", déclare Iouri Fedorenko, un expert militaire ukrainien, lors d'une récente conférence sur l'autonomie des drones qui s'est tenue dans un lieu tenu secret à Lviv (ouest).

Selon lui, ses contacts lui demandent souvent de lui montrer des "essaims" déjà opérationnels: des groupes de drones capables d'agir ensemble et d'accomplir des tâches sans intervention humaine, ce qui suscite à la fois inquiétude et enthousiasme.

"On parle de la technologie des essaims de drones depuis très longtemps et nous, militaires, l'attendons depuis encore plus longtemps (...) La seule question est de savoir quand elle se concrétisera", affirme Volodymyr, nom de code "Colt", chef de la coopération civilo-militaire de la 412e brigade ukrainienne.

Des responsables militaires et industriels de la défense ukrainiens ont indiqué à l'AFP que Kiev avait progressé dans le déploiement de cette technologie.

D'autres soulignent qu'il reste encore du chemin à parcourir et que les essaims de drones ne représentent qu'un aspect – certes spectaculaire – de la course beaucoup plus vaste vers la guerre autonome.

- Compenser l'infériorité numérique -

Les essaims de drones permettraient à quelques opérateurs ukrainiens de déployer simultanément des dizaines, voire des centaines d'appareils d'attaque, submergeant l'ennemi et compensant l'avantage numérique de la Russie.

"L'objectif principal est de sauver la vie de nos soldats", affirme à l'AFP Andriï Lebedenko, commandant en chef adjoint des forces armées ukrainiennes.

"Aujourd'hui, nous avons de tels projets, ils ne sont pas encore de grande envergure, mais ils se développent (...) un déploiement massif est possible dans les années à venir", poursuit-il.

Le ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, a défendu l'utilisation de technologies de pointe pour contrer les attaques russes, notamment en lançant un centre spécialisé dans l'IA militaire, baptisé "Defense AI Center A1" et chargé d'analyser l'expérience de combat et déployer des innovations.

Son directeur, Danylo Tsvok, dit à l'AFP que les essaims de drones sont un axe de recherche prioritaire: "Les essaims de drones sont actuellement en phase de test (...) il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons pas encore divulguer".

La société Swarmer, créée en Ukraine, s'est imposée comme un leader du secteur, et a été introduite en bourse sur le Nasdaq américain en début d'année.

Son directeur américain, Alex Fink, dit à l'AFP, lors d'un entretien téléphonique, que son entreprise déploie en Ukraine une technologie de drones en essaim au combat depuis avril 2024.

Selon lui, ces systèmes peuvent déployer plusieurs drones de manière autonome dans une zone, après quoi des pilotes humains interviennent pour engager manuellement une cible, ou bien les opérateurs sélectionnent les cibles et les drones effectuent les frappes de manière autonome.

"Nous n'en sommes certainement pas au point de pouvoir faire confiance à la technologie pour prendre des décisions stratégiques, ni même des décisions tactiques concernant la pertinence d'une cible", tempère M. Fink.

"Nous ne voulons pas que nos systèmes prennent cette décision. Nous voulons que les humains restent aux commandes".

- "Projet Manhattan" -

Lors de la conférence sur l'IA et la défense à Lviv, un certain scepticisme était également de mise chez certains.

"Les essaims de drones sont totalement surestimés (...) parce qu’ils alimentent une bonne histoire de science-fiction", estime Iaroslav Ajniouk, directeur de Fourth Law, spécialisée dans l'autonomisation des drones.

Il compare cette technologie au développement de Microsoft Word et, selon lui, se concentrer sur les essaims revient à se focaliser sur une seule option, au lieu de s’intéresser à toute l'évolution du secteur.

Pour lui, le développement d'une "autonomie totale et massivement extensible" des armements est "le projet Manhattan" du XXIe siècle, en référence au programme américain ayant créé la première arme nucléaire.

"Imaginez si les nazis ou les Russes avaient obtenu la bombe atomique en premier. Le monde aurait été radicalement différent. Imaginez maintenant s’ils obtenaient l’autonomie totale en premier", dit-il.

Moscou a également fait de l’IA et des drones ses priorités militaires. Selon un rapport d'avril 2026 de l'experte militaire Kateryna Bondar, l'armée russe a "vraisemblablement" déjà déployé "un système sans pilote entièrement autonome au combat".

Pour Anton Melnyk, co-fondateur chez MITS Capital, société créée pour financer la défense ukrainienne: soit Kiev et ses partenaires de l'Otan parviendront en premier à maîtriser cette technologie, "soit l'ennemi y parviendra".

C.Keone--HStB