Presse: Sud Ouest en passe d'être cédé à Rossel, propriétaire de la Voix du Nord
Vers la formation d'un nouveau géant dans la presse régionale française ? Le belge Rossel, propriétaire de la Voix du Nord, est entré en "négociations exclusives" pour racheter d'"ici la fin de l'année" la maison mère du quotidien régional Sud Ouest.
L'éventuel rachat de ce groupe, hégémonique à Bordeaux et sur le littoral sud-ouest, par la filiale Rossel France, pour une centaine de millions d'euros selon une source proche du dossier, donnerait naissance à une entité au "chiffre d'affaires cumulé de plus de 400 millions d'euros", ont annoncé jeudi dans un communiqué commun les deux parties.
Elle formerait le numéro trois du secteur de la presse régionale en France derrière SIPA-Ouest-France, 525 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, et EBRA (Le Progrès, Le Dauphiné, les DNA...) avec 479 millions d'euros.
Pour les syndicats, informés jeudi avant la tenue d'un CSE extraordinaire lundi, la cession probable "n'est pas une surprise".
- Avantage sur Bolloré -
Selon un élu du SNJ, l'unique syndicat des journalistes dans le groupe, "les rumeurs de rachat se multipliaient ces derniers temps. Il était question de Bolloré (propriétaire de Canal+, CNews, Europe 1, JDD..., NDLR) et Baylet (directeur du groupe La Dépêche, NDLR), dont les méthodes ne correspondent pas aux valeurs de Sud Ouest. L'inquiétude était grande. L'avantage de Rossel est d'être un groupe professionnel dans la presse. On jugera sur pièces".
"Nous attendons au minimum un gel des suppressions de postes car nous sommes à l'os", prévient le représentant, qui pousse le repreneur, pour "être bien reçu", à venir avec "le projet de réinvestir dans les effectifs de journalistes", "amputés année après année".
Sud Ouest, diffusé à 164.000 exemplaires par jour en 2025 selon l'ACPM/OJD, emploie 700 salariés dont 230 journalistes. Le journal a connu plusieurs restructurations récentes avec 81 départs en 2024, puis cette année un plan d'une cinquantaine de départs volontaires ou non-remplacements d'ici à 2028.
"C'est un des titres de PQR qui a le plus rogné dans sa rédaction, fragilisant ainsi sa capacité à se renouveler éditorialement", estime le sociologue des médias Jean-Marie Charon, interrogé par l'AFP. "Rossel n'étant pas un si gros groupe que cela, je me demande s'il aura les moyens de relancer une dynamique éditoriale."
Le groupe Sud Ouest (GSO), qui regroupe la Sapeso, société éditrice de Sud Ouest, d'autres quotidiens régionaux (Charente Libre, La République des Pyrénées...) ainsi que Côte Ouest (événementiel) ou Écrans du Monde (audiovisuel), est détenu à environ 80% par la famille Lemoîne, héritière de Jacques Lemoîne (1895-1968) qui avait fondé le journal en 1944.
Si la Sapeso était déficitaire en 2025, GSO se dit rentable, avec 30% de ses revenus hors journaux papier.
L'entrée en négociations est "une décision lourde" prise "à l'unanimité" de la cinquantaine d'actionnaires, avec "beaucoup d'émotion", a déclaré à l'AFP Tristan Lemoîne, vice-président du conseil d'administration de GSO.
Rossel est "un actionnaire très solide, familial", ayant "des valeurs communes avec les nôtres", et "apolitique, qui n'intervient pas dans la ligne éditoriale de ses médias", souligne le descendant du fondateur.
- "Taille critique" -
Les deux parties espèrent boucler l'opération "d'ici la fin de l'année", après consultation des représentants du personnel.
"Atteindre une taille critique est la clé", a déclaré à l'AFP Olivier Cotinat, PDG de GSO. "Avec l'intelligence artificielle, il y a sans doute des investissements assez importants à faire pour pouvoir continuer à informer et se battre contre (...) la prédation de contenus."
Numéro un de la presse belge francophone détenu par la famille Hurbain, Rossel, dont le titre phare Le Soir a été fondé en 1887, possède plusieurs quotidiens régionaux français (La Voix du Nord, le Courrier Picard, L'Union-L'Ardennais, etc.) et revendique 1.700 employés en France.
En cas de mariage du groupe Sud Ouest avec Rossel, "il n'y a pas de synergie géographique (...), pas de doublon évident", souligne Olivier Cotinat, assurant n'avoir "pas d'éléments aujourd'hui" sur d'éventuelles suppressions de postes.
"Avec les titres de Groupe Sud Ouest, la France représenterait alors près de 50% du chiffre d'affaires de notre groupe. Une nouvelle dimension qui permettrait de faire bénéficier l'ensemble de nos entités de moyens et d'expertises mutualisés", plaide Bernard Marchant, administrateur délégué de Rossel, dans le communiqué.
M.Akona--HStB